Hemianax ephippiger

Anax imperator

Cette espèce n'usurpe pas son nom : Monsieur Anax imperator, c'est le big boss de la mare ! On peut le voir patrouiller inlassablement, pourchassant les autres odonates, et n'hésitant pas à en mettre à son menu à l'occasion. Les agrions ne font pas le poids, mais j'ai déjà pu observer la prédation d'un Orthetrum et d'une Aeschne mixte. La femelle est plus discrète, mais quand elle se met à table, elle est tout aussi redoutable.

 L'émergence a lieu assez tôt en saison en avril-mai selon la latitude et l'altitude. Elle se déroule de nuit et le néonate décolle dès que le soleil se lève, à moins que la pluie ou le froid ne le ralentissent. Malgré la taille de cette libellule, cette précocité associée à la couleur verte des immatures fait que la scène n'est pas facile à observer. Par contre, on pourra facilement observer les exuvies des larves dans la végétation, leur forte taille les rendant bien visibles. De plus, elles sont souvent regroupées dans un même secteur de la végétation rivulaire, parfois à plusieurs sur le même brin de jonc.

L'adulte est aisément reconnaissable, même en vol. Outre sa taille, on peut noter le coté du thorax vert vif, sans dessins sombres, qui contraste avec le bleu uniforme de l'abdomen. De profil le mâle vole avec l'abdomen recourbé vers le bas. Il ne peut y avoir confusion qu'avec l'aeschne affine qui a une coloration semblable (mais plus petite, coté du thorax avec des sutures sombres, abdomen plus bariolé), ou avec un autre Anax de gabarit approchant : A. parthenope qui est plus localisé est brun avec une "selle" bleue à la base de l'abdomen, et Hemianax ephippiger a une coloration semblable à A. parthenope, mais très localisé en région méditerranéenne, et exceptionnel en dehors.

Anax imperator est une espèce largement répandue à basse altitude, visible à proximité de toutes sortes de plans d'eau, mares (même de petite taille) et de cours d'eau lents.

Brachytron pratense

Nom complet : Brachytron pratense (O. F. Mûller, 1764)
Noms vernaculaires :aeschne printanière, aesche velue

J'avoue avoir une affection particulière pour cette libellule. Au printemps, au moment des premières émergences, les roselières et les berges des étangs pas encore massacrés pour la pisciculture accueillent en grand nombre les cordulies bronzées, puis les orthetrum réticulés. Au milieu de ces espèces abondantes et faciles à observer même assez tard dans la matinée, notre aeschne joue la discrétion. Quelques individus de-ci de-là, émergeant tôt le matin, qui sont le plus souvent trahis par leur exuvie allongée et sombre. 
Après l'envol, la situation reste la même : c'est une espèce furtive, toujours en vol, que l'on entrevoit entre deux touffes de joncs quand elle patrouille, et qui va se percher haut dans la végétation.  Les occasions de l'observer correctement sont rares, et d'autant plus agréables !

C'est une aeschne de petite taille. Le thorax est brun avec deux bandes antéhumérales jaunes à l'avant, et des cotés également jaunes soulignés de sutures brunes. Une caractéristique de l'espèce est la pilosité de ce thorax, qui lui vaut le nom d'aeschne velue, mais c'est un critère observable uniquement de près (ou sur photo). Le dessus de l'abdomen est brun sombre, relevé de petites taches allongées jaune pâle chez les immatures, bleues chez les adultes. Le coté de l'abdomen est jaune chez la femelle, bleu chez le mâle. A la période où elle vole, c'est la seule aeschne présente sur les étangs, il n'y a pas de risque de confusion. 

Elle est présente dans une grande partie de la France, manquant surtout en plaine entre Pyrénées et Massif Central. Je l'ai observée sur de nombreux étangs forestiers en Lorraine et en Ardenne.

Aeshna isoceles

Aeshna isoceles est une espèce qu'il m'a fallu attendre plusieurs années avant de la rencontrer lorsque j'ai commencé à m'intéresser aux odonates. Mais le plaisir a été d'autant plus grand, car cette espèce est magnifique. Son corps est uniformément d'un brun tabac chaud, et ce qui attire immédiatement l'oeil se sont ses grands yeux vert vif. 

Son aire de répartition est assez étendue en France, essentiellement dans la moitié Est, mais elle n'est pas abondante sur ses stations. Elle affectionne les plans d'eau évolués, riches en végétation, dont elle peut s'éloigner pour patrouiller le long d'allées forestières ou dans des zones buissonneuses. 

 Je l'ai croisée en Lorraine, en Champagne, dans la Vienne, et dans des biotopes d'arrière-dune du Pas de Calais.

Boyeria irene

Nom complet : Boyeria irene (Boyer de Fonscolombe, 1838)
Nom vernaculaire : aeschne paisible, spectre

C'est une espèce discrète, tant par son comportement que par sa coloration.

 C'est une espèce d'eaux vives, qui fréquente les petits cours d'eau frais jusqu'aux grandes rivières, tant qu'elles ont conservé un aspect naturel. La larve grandit au sein des amas de racines des végétaux rivulaires, et on pourra retrouver les exuvies le long de troncs, sur des branches basses ou sur des bois flottés qui dépassent au-dessus de la surface. Elle est présente dans la majorité de la France, à l'exception du nord et de l'est au delà d'une ligne Rouen-Reims-Besançon. Elle est cependant bien plus commune dans le Midi. 
Même là où elle est établie, elle n'est pas évidente à repérer. En journée, les mâles patrouillent inlassablement le long des rives ombragées, suivant un circuit ponctué de points d'arrêt où ils font un bref sur-place, à la recherche des femelles. L'observateur ne verra qu'une silhouette furtive qui traverse les tâches de lumière qui filtrent à travers la végétation avant de disparaître dans la pénombre. Le photographe fera une crise de nerfs avant d'avoir pu en faire un cliché correct !
L'activité de recherche de nourriture est principalement crépusculaire, et à cette occasion Boyeria peut être attirée par les lumières des habitations. Après cette phase de nourrissage, elle ira ensuite se poser. Si c'est sous un pont, elle pourra être facilement repérée. Si c'est dans la végétation, sa livrée panachée de nuances de brun lui assure un camouflage parfait. 

Après plusieurs tentatives pour essayer de la photographier au vol le long de cours d'eau du Périgord, c'est finalement dans l'Herault, au bord de la Buèges, que j'ai pu saisir un individu que j'ai vu se poser dans un buisson. Si je ne l'avais pas vu faire, je serais passé à coté sans l'apercevoir tant il est mimétique.