Anax parthenope

Anax parthenope (Selys, 1839) : l'anax napolitain

C'est une espèce que j'ai forcément croisée lorsque j'étais étudiant, et que j'ai fait un stage d'été sur les étangs littoraux près de Narbonne. Mais à l'époque je ne m'intéressais pas encore aux odonates...

En Lorraine, cette espèce est très localisée, je ne l'y ai jamais rencontrée. Ni ailleurs en France d'ailleurs ! En tout cas pas suffisament posément pour prétendre l'avoir correctement observée, et encore moins photographiée. Les seuls mauvais clichés que j'ai à vous proposer viennent d'Andalousie, dans le parc national de Donana où j'ai observé ce tandem en ponte au loin, et qui n'a pas attendu que je sorte le gros téléobjectif pour disparaître ! Les photos sont donc très recadrées...

Ces photos illustrent au moins une différence entre A. parthenope et son cousin A. imperator :  chez ce dernier, la femelle pond seule, alors que le couple reste en tandem chez parthenope.
Sinon, le mâle se reconnait à la selle bleue qu'il porte sur le  2e et les cotés du 3e segment abdominal, et qui tranche avec la couleur générale brun-gris du corps. La femelle est également de couleur terne, brunâtre avec une bande noire longitudinale sur le dessus, mais elle peut être nuancée de bleu. Chez le mâle comme chez la femelle, il y a un anneau jaune étroit qui souligne la jonction entre le 1er et le 2e segment abdominal. Les cotés du thorax ne sont pas vert vif comme chez imperator mais brun.

Cette espèce est présente dans une grande partie de la France sur les plans d'eau et eaux calmes, commune dans le midi mais sporadique en allant vers le nord, avec une tendance à l'erratisme. 

Hemianax ephippiger

Hemianax ephippiger (Burmeister, 1839) : l'Anax porte-selle
Synonyme : Anax ephippiger

Cette espèce a une biologie particulière, liée à son habitat d'origine. C'est en effet un odonate largement répandu sur le continent Africain, où il se reproduit dans des biotopes soumis à un assèchement rapide, et par adaptation le développement larvaire est également très rapide. Un cycle complet est accompli en quelques mois, alors que pour les anisoptères européens il faut au moins un an. 

Pour la plupart des individus observés en France en début d'année, ils proviennent de flux migratoires portés par les vents du sud à travers la Méditerranée. Hemianax est en effet un grand voyageur, à titre d'exemple le seul odonate capturé en Islande - où les températures sont trop basses pour permettre la vie des libellules - était un Hemianax ! Pour ma part, le premier individu que j'ai vu et photographié tournait au-dessus d'une allée forestière dans le centre des Vosges mi-mai 2009, bien loin de la région méditerranéenne où il est généralement observé ! En général cette migration ne va pas plus loin, mais des erratiques peuvent être observés au-delà, et parfois de véritables "invasions" se produisent, comme en 2011 où des milliers (millions ?) d'individus ont migré et où l'espèce a pu être notée pour la première fois dans de nombreux départements français, jusque dans le nord du pays. C'est à cette occasion que j'ai pu croiser à nouveau quelques individus dans le Gers.

Ces migrateurs précoces vont tenter de se reproduire chez nous. En zone méditerranéenne, cette reproduction va donner une 2e génération qui va émerger vers le début du mois d'août.  En Camargue, il a pu être mis en évidence qu'un cycle de reproduction hivernal est possible, avec des émergences au mois d'avril. Le réchauffement climatique pourrait permettre à ce phénomène de devenir plus fréquent. 

Hemianax ressemble fort à A. imperator, et plus encore à A. parthenope. La silhouette est légèrement différente, avec un thorax proportionnellement plus volumineux, et des yeux plus globuleux et gros. Le mâle porte une tâche bleue en forme de selle sur le 2e segment abdominal qui tranche sur le brun du reste du corps, comme chez A. parthenope. La femelle est dans des tons bruns, avec une selle absente ou réduite, et une ombre ambrée sur les ailes. Les immatures ont une couleur de fond brun tabac que je trouve très esthétique. Comme chez A. parthenope, la ponte se fait en tandem, avec insertion des oeufs dans des végétaux flottants ou immergés. 

Anax imperator

Anax imperator : l'anax empereur

Cette espèce n'usurpe pas son nom : Monsieur Anax imperator, c'est le big boss de la mare ! On peut le voir patrouiller inlassablement, pourchassant les autres odonates, et n'hésitant pas à en mettre à son menu à l'occasion. Les agrions ne font pas le poids, mais j'ai déjà pu observer la prédation d'un Orthetrum et d'une Aeschne mixte. La femelle est plus discrète, mais quand elle se met à table, elle est tout aussi redoutable.

 L'émergence a lieu assez tôt en saison en avril-mai selon la latitude et l'altitude. Elle se déroule de nuit et le néonate décolle dès que le soleil se lève, à moins que la pluie ou le froid ne le ralentissent. Malgré la taille de cette libellule, cette précocité associée à la couleur verte des immatures fait que la scène n'est pas facile à observer. Par contre, on pourra facilement observer les exuvies des larves dans la végétation, leur forte taille les rendant bien visibles. De plus, elles sont souvent regroupées dans un même secteur de la végétation rivulaire, parfois à plusieurs sur le même brin de jonc.

L'adulte est aisément reconnaissable, même en vol. Outre sa taille, on peut noter le coté du thorax vert vif, sans dessins sombres, qui contraste avec le bleu uniforme de l'abdomen. De profil le mâle vole avec l'abdomen recourbé vers le bas. Il ne peut y avoir confusion qu'avec l'aeschne affine qui a une coloration semblable (mais plus petite, coté du thorax avec des sutures sombres, abdomen plus bariolé), ou avec un autre Anax de gabarit approchant : A. parthenope qui est plus localisé est brun avec une "selle" bleue à la base de l'abdomen, et Hemianax ephippiger a une coloration semblable à A. parthenope, mais très localisé en région méditerranéenne, et exceptionnel en dehors.

Anax imperator est une espèce largement répandue à basse altitude, visible à proximité de toutes sortes de plans d'eau, mares (même de petite taille) et de cours d'eau lents.

Brachytron pratense

Nom complet : Brachytron pratense (O. F. Mûller, 1764)
Noms vernaculaires :aeschne printanière, aesche velue

J'avoue avoir une affection particulière pour cette libellule. Au printemps, au moment des premières émergences, les roselières et les berges des étangs pas encore massacrés pour la pisciculture accueillent en grand nombre les cordulies bronzées, puis les orthetrum réticulés. Au milieu de ces espèces abondantes et faciles à observer même assez tard dans la matinée, notre aeschne joue la discrétion. Quelques individus de-ci de-là, émergeant tôt le matin, qui sont le plus souvent trahis par leur exuvie allongée et sombre. 
Après l'envol, la situation reste la même : c'est une espèce furtive, toujours en vol, que l'on entrevoit entre deux touffes de joncs quand elle patrouille, et qui va se percher haut dans la végétation.  Les occasions de l'observer correctement sont rares, et d'autant plus agréables !

C'est une aeschne de petite taille. Le thorax est brun avec deux bandes antéhumérales jaunes à l'avant, et des cotés également jaunes soulignés de sutures brunes. Une caractéristique de l'espèce est la pilosité de ce thorax, qui lui vaut le nom d'aeschne velue, mais c'est un critère observable uniquement de près (ou sur photo). Le dessus de l'abdomen est brun sombre, relevé de petites taches allongées jaune pâle chez les immatures, bleues chez les adultes. Le coté de l'abdomen est jaune chez la femelle, bleu chez le mâle. A la période où elle vole, c'est la seule aeschne présente sur les étangs, il n'y a pas de risque de confusion. 

Elle est présente dans une grande partie de la France, manquant surtout en plaine entre Pyrénées et Massif Central. Je l'ai observée sur de nombreux étangs forestiers en Lorraine et en Ardenne.

Aeshna isoceles

Aeshna isoceles est une espèce qu'il m'a fallu attendre plusieurs années avant de la rencontrer lorsque j'ai commencé à m'intéresser aux odonates. Mais le plaisir a été d'autant plus grand, car cette espèce est magnifique. Son corps est uniformément d'un brun tabac chaud, et ce qui attire immédiatement l'oeil se sont ses grands yeux vert vif. 

Son aire de répartition est assez étendue en France, essentiellement dans la moitié Est, mais elle n'est pas abondante sur ses stations. Elle affectionne les plans d'eau évolués, riches en végétation, dont elle peut s'éloigner pour patrouiller le long d'allées forestières ou dans des zones buissonneuses. 

 Je l'ai croisée en Lorraine, en Champagne, dans la Vienne, et dans des biotopes d'arrière-dune du Pas de Calais.