Selysiothemis nigra (Vander Linden 1825)
Selysiothemis nigra (Vander Linden 1825) : le Sélysiothémis noir
Cette espèce est un des tout derniers ajouts à la faune odonatologique française. S. nigra a été observé pour la première fois en Corse en 2015 où les observations se sont succédées chaque année depuis, puis en en 2018 sur le continent dans l'arrière-pays du Var avec des observations annuelles à partir de 2020. Il a été observé depuis en Camargue, et en 2025 pour la première fois dans le Sud de la Drôme et de l'Ardèche.
Cette extension récente de l'immense aire de répartition de l'espèce, qui s'étend de l'Afrique du Nord à l'Inde et jusque dans l'Est de la Chine, est en adéquation avec le comportement mobile et migrateur de l'espèce couplé avec l'évolution du climat. Des populations étaient connues depuis longtemps autour de la France en Catalogne espagnole, dans le Piémont italien, en Sardaigne et sur la côte adriatique, régions à partir desquelles il a pu essaimer. S. nigra reste toutefois localisé au sein de son aire de répartition.
Cet anisoptère est de taille modeste, à peu près comme Sympetrum sanguineum. Le mâle est presque intégralement noir, avec des ailes entièrement hyalines à l'exception des pterostigmas. Les yeux sont proportionnellement grands, noirs en dessus. On ne pourrait le confondre qu'avec Sympetrum danae, mais leurs biotopes sont extrêment différents : S. danae est un hôte des tourbières de montagne, alors que S. nigra affectionne les plans d'eau artificiels, gravières, barrages etc. La femelle est plus claire, avec un abdomen brun-jaune sur les côtés et une bande noire sur le dessus.
J'ai eu la chance d'observer l'espèce dans le Sud de l'Ardèche; peu après sa découverte.
Trithemis annulata
C'est la dernière arrivée dans notre faune odonatologique continentale. D'origine africaine, T. annulata s'est implantée en remontant via la péninsule ibérique dans les années 90, pour conquérir tout le midi, de l'Atlantique à la Méditerranée. Elle est maintenant solidement établie dans le sud de notre pays.
Le mâle est immédiatement reconnaissable par ses couleurs exotiques, mixant un corps violet, des yeux rouges sur le dessus et bleus en dessous, et des ailes aux nervures rouges avec une tache ambrée à la base. La femelle ressemble à un Orthetrum immature, avec un corps brun-jaune légèrement relevé de noir sur les cotés. Les yeux bleus et rouges, et les nervures colorées permettent la distinction.
Depuis l'installation de Trithemis annulata, d'autres espèces pointent à nos frontières avec Lindenia tetraphylla, Paragomphus genei et Orthetrum trinacria repérés dans le sud de la Corse (probablement des erratiques venus de Sardaigne, sans population établie pour l'instant), et en 2017 Trithemis kirbyi dans les Pyrénées Orientales, proche de l'Espagne où il est établi. D'autres observations de T. kirbyi ont eu lieu sur plusieurs lieux du pourtour méditerranéen en 2017, et à nouveau en 2018. Sa reproduction a été confirmée dans les Pyrénées Atlantiques en 2020, tandis que Pantala flavescens et Selysiothemis nigra ont été observés en région méditerranéenne.
Crocothemis erythraea
Le nom de cette espèce vient de la couleur éclatante du mâle : un rouge "pompier" du bout du nez à l'extrémité de l'abdomen ! Avec une belle tâche ambrée à la base des ailes postérieures. Madame est plus discrète, avec son corps uniformément brun-jaune. Elle ressemble à première vue à un Orthetrum ou un Sympetrum femelle ou immature. La distinction se fera en observant la grande tache ambrée à la base des ailes (attention, S. flaveolum en a une aussi), les yeux bleus à la base (attention, S. fonscolombii en a également), les pterostigmas brun clair (cf. Orthetrum coerulescens), et l'abdomen proportionnellement court, ovale et aplati dorso-ventralement. Vue de profil, la femelle a une lame vulvaire saillante, perpendiculaire au corps (semblable à S. striolatum)
Crocothemis est une espèce d'affinité africaine, elle est largement répandue sur ce continent. Son aire de répartition a progressé spectaculairement vers le nord au cours des dernières années, et elle est désormais présente dans presque toute la France, sur une grande variété d'eaux stagnantes ou faiblement courantes.
Sympetrum depressisculum
Sympetrum depressisculum (Selys, 1841) : le Sympetrum déprimé
Comme la libellule du même nom, ce Sympetrum doit son nom à la forme aplatie verticalement de l'abdomen du mâle, qui vu de dessus a une forme ovale. Le mâle est rouge-orangé, avec les cotés tirant sur le jaune, tandis que la femelle est brune. Tant chez le mâle que la femelle, il y a une paire de points noirs allongés caractéritiques de chaque coté des segments abdominaux.
Cette espèce est très localisée. Son bastion en France fut les rizières de Camargue mais elle y régresse. Elle est présente sporadiquement le long du Rhône, dans le Piémont savoyard, et en quelques points dispersés ailleurs. J'ai eu le plaisir de le voir en Alsace, guidé par un ami, autour d'une mare proche du Rhin .
C'est une espèce protégée en France.
Sympetrum pedemontanum
Sympetrum pedemontanum (Müller, in Allioni, 1766) : le Sympetrum du Piémont
C'est le plus facile des Sympetrum à identifier, grâce à la large barre brune qui colore le milieu de ses ailes, lui donnant un coté exotique par rapport à nos autres anisoptères qui ont tous des ailes aux couleurs peu contrastées. Le mâle a un abdomen rouge vif, légèrement en massue, un thorax brun sombre et des pterostigmas rouges qui tranchent sur le brun de la barre alaire. Hormis la coloration typique des ailes, la femelle a une coloration banale pour un Sympetrum, avec un abdomen brun clair rehaussé de tachses sombres réduites sur le dessus des derniers segments.
C'est malheureusement une espèce peu répandue, aux populations localisées, et il est difficile de définir ses biotopes de prédilection qui sont toutefois des eaux stagnantes ou faiblement courantes, avec une végétation bien présente. Elle apprécie les fossés, canaux d'irrigation, ou les marais en bordure de plans d'eau naturels au niveau variable. C'est une espèce pionnière. Elle est plus fréquente dans la basse vallée du Rhône, présente régulièrement dans la plaine alsacienne, sporadique ou absente ailleurs. Je l'ai rencontrée pour la première fois par hasard en Alsace dans la Petite Camargue, avant de la revoir en Belgique à proximité de la frontière hollandaise.
Ce n'est pas une espèce protégée malgré sa rareté, mais elle fait l'objet d'un suivi dans le cadre du Plan national d'action pour les odonates.



