Sympetrum danae

Leucorrhinia caudalis

Leucorrhinia caudalis (Charpentier, 1840) : la leucorrhine à large queue

 Cette espèce est un joyau des étangs forestiers d'Argonne où je prospecte souvent, avec Epitheca bimaculata. Les deux émergent d'ailleurs simultanément, au mois de mai. 

 Elle ressemble globalement à L. albifrons, avec laquelle elle peut cohabiter. Le mâle se caractérise par un abdomen élargi en massue, bleu à la base, noir à l'extrémité avec une séparation nette, et des appendices anaux blancs contrastants. Les pterostigmas du mâle sont blancs à maturité. La femelle a un corps épais, orné sur le dessus de tâches jaunes plus larges que chez L. albifrons

Cette espèce fréquente préférentiellement des étangs forestiers oligotrophes avec une végétation flottante bien présente. Après l'émergence, le meilleur moyen de détecter l'espèce est d'observer les nénuphars et autres radeaux de végétation, où les mâles aiment se poser. Ils surveillent leur territoire de ce poste de guet, à l'affût des femelles qui sont très discrètes, ou d'un autre mâle concurrent. 

En France l'espèce est localisée, avec une répartition fragmentaire, elle est essentiellement présente dans le nord est, le centre ouest et les lagunes de la forêt landaise où elle cotoie L. albifrons et L. pectoralis

Leucorrhinia pectoralis

Leucorrhinia pectoralis (Charpentier, 1825) : la Leucorrhine à gros thorax

Il est aisé de confondre cette espèce avec L. dubia qu'elle cotoie dans les tourbières des Vosges et du Jura, surtout s'il s'agit d'individus immatures qui n'ont pas une coloration définitive. 

Le mâle mature est facile à identifier : son abdomen porte une série de taches rouges de la base au 6e segment (comme L. dubia), puis une tache jaune contrastante sur S7. Ce schéma de coloration est unique ; il a tendance à s'atténuer avec l'âge. La femelle est plus délicate à identifier, avec un abdomen assez large, orné de grandes taches jaunes dont celle de S7 est parfois plus pâle. Les deux ont des pterostigmas sombres, et des appendices anaux noirs. 

C'est une espèce rarement abondante, localisée sur des milieux oligotrophes, avec plus de tolérance que d'autres espèces du genre. Les mâles sont erratiques, et certaines années il est possible d'en voir apparaître sur des biotopes où l'espèce n'est pas connue. Ils sont facilement visibles, posés sur un perchoir en hauteur d'où ils surveillent leur territoire. Comme souvent, les femelles sont très discrètes. 

Les noyaux de population principaux sont situés dans les nord-est (Vosges, Jura, Bresse, étangs lorrains), le centre ouest et les lagunes des Landes.

Ce n'est qu'après plusieurs années d'attente que j'ai pu observer cette espèce, en tout petit nombre jusqu'ici. 

Leucorrhinia albifrons

Leucorrhinia albifrons (Burmeister, 1839) : la Leucorrhine à front blanc

Le nom de cette espèce pourait être utilisé pour illustrer la notion de pléonasme !  En effet, "Leucorrhinia" signifie "à front blanc" avec une racine grecque, et "albifrons" signifie la même chose, sur une base latine ! De plus, toutes les espèces du genre partagent ce critère qui n'est donc pas du tout discriminant ! 

Le mâle mâture pourrait être aisément confondu avec un Orthetrum. Il possède en efet un abdomen allongé, bleu à la base et noir sur les 2/3 de la longueur. Le front blanc et les appendices anaux également blancs permettent de distinguer les deux genres (attention toutefois à O. albistylum, qui a aussi des appendices blancs !). 
La femelle ressemble à celle de L. caudalis, avec un abdomen épais, mais des taches jaunes plus réduites.

L'illustration de cette espèce est des plus limitées, car je n'en ai rencontré qu'un seul individu, une femelle photographiée de loin qui s'est envolée après une seule photo... C'était dans un marais proche du Rhône à la frontière franco-suisse. L. albifrons est une espèce rare et localisée en France, présente dans le Jura, la Savoie, le cenre-ouest, et surtout sur les lagunes de la forêt landaise. Elle était présente dans les Vosges du Nord, mais a disparu de cette région. 

Leucorrhinia dubia

Leucorrhinia dubia (Vander Linden, 1825) : la Leucorrhine douteuse

Pas de doute à avoir, il s'agit bien là d'une "bonne" espèce ! Il est vrai qu'elle ressemble beaucoup à L. rubicunda, qui a servi à Linné à décrire le genre en 1758. Les deux espèces se cotoient en Suède où résidait le grand naturaliste, par contre en France seule L. dubia est présente en permanence, L. rubicunda ayant seulement été notée par la présence d'individus erratiques dans le nord du pays. 

L. dubia est l'espèce la plus largement répandue du genre en France, elle est présente dans tous les massifs montagneux à l'exception des Alpes centrales et méridionales, à des altitudes croissantes vers le sud. Elle est la seule représentante du genre dans le Massif central et les Pyrénées. C'est une espèce de milieux froids, qui affectionne particulièrement les tourbières, et les marais oligotrophes. Elle est bien présente dans les Hautes Vosges où je la vois régulièrement. 

On reconnaît le mâle à son abdomen effilé, orné de taches toutes rouges, contrairement à L. pectoralis, et étroites sur les premiers segments. La femelle est plus délicate à discerner de celles des autres espèces, elle combine à la fois un abdomen fin et des taches jaunes également étroites.