Enallagma cyathigerum

Enallagma cyathygerum (Charpentier, 1840) : l'agrion porte-coupe

C'est un des zygoptères les plus répandus, avec C. puella qui partage souvent les mêmes habitats, et la même coloration bleue ornée de dessins noirs. 

 Un examen attentif permettra d'identifier cette espèce à coup sûr. Les critères à observer sont : 

- sur le côté du thorax, les sutures ne sont pas ou peu surlignées de noir,
- le 2e segment abdominal du mâle porte un dessin noir en forme de coupe vue de profil (d'où le nom de l'espèce) ou de champignon, les segments suivants ont également un dessin noir de petite taille et arrondi, les 8e et 9e segments sont bleus.
- chez la femelle, les dessins abdominaux noirs sont grands, et ont une forme de torpille (ou de fusée de Tintin !) ; la couleur de fond est souvent bleue vif comme chez les mâles, mais peut aussi être plus terne, allant vers le brun clair. Sous le 8e segment, une épine vulvaire saillante est présente.

 Cette espèce peut être rencontrée sur tout type d'eaux stagnantes ou de rivières lentes, partout en Europe à l'exception des zones les plus méridionales de la péninsule ibérique, la Sardaigne, presque toute la Sicile et la péninsule balkanique. Selon la latitude, il peut y avoir deux générations au sud, tandis que le développement larvaire s'étend sur plusieurs années au nord.

Ischnura pumilio

Ischnura pumilio (Charpentier, 1825) : l'agrion nain

Cette espèce est potentiellement présente partout en France à l'exception de la Normandie et du Pas-de-Calais, toutefois elle est discrète, ponctuelle et instable. C'est une espèce pionnière, qui peut coloniser et se développer en abondance dans des biotopes récemment créés, avant de régresser au fur et à mesure du développement de la végétation et de l'installation d'autres espèces. On pourra donc la rencontrer dans des mares temporaires, sources, marais oligotrophes... Je ne l'ai rencontrée qu'à très peu de reprises, notamment dans une zone de divagation d'un cours d'eau où existent des bras morts remaniés annuellement. 

Globalement, I. pumilio ressemble beaucoup aux autres espèces du genre, et il faut un examen attentif pour les différencier. Les caractères distinctifs sont : 

- une taille plus faible (26-31mm en tout, contre 30-34mm pour I. elegans),
- le pterostigma des ailes antérieures est plus grand que celui des ailes postérieures,
- chez le mâle, la tache caudale est plus grande est décalée : elle occupe le segment S9 et la moitié de S8, au lieu de S8 chez I. elegans,
- la femelle n'a pas de tâche caudale,
- les femelles immatures sont orange vif, ce qui est un indice voyant pour détecter l'espèce.

Ischnura graellsii

Ischnura graellsii (Rambur, 1842) : agrion de Graëlls

Cette espèce ressemble très fortement à I. elegans, avec laquelle elle cohabite parfois en Espagne, et peut s'hybrider. C'est une espèce qui fréquente la péninule ibérique, et le Maghreb. Pour la France, il existe une citation historique dans les Pyrénées Atlantiques, et elle a été très récemment découverte dans les Pyrénées Orientales. En Espagne, elle est présente dans la majorité du pays, à l'exception du piémont pyrénéen, le centre-nord et un quart sud-ouest. 
Dans les zones de cohabitation possible entre les deux espèces, la distinction formelle passe par l'examen du pronotum qui n'a pas de long lobe médian, comme chez I. elegans

Les femelles présentent 3 formes comme chez I. elegans, avec des nuances dans la coloration du thorax des individus fraîchement émergés : jaune-vert pour A, lilas blanchâtre pour B, orange pour C. 

J'ai rencontré cette espèce en Espagne. 

Ischnura elegans

Ischnura elegans (Vander Linden, 1820) : l'agrion élégant

Ce zygoptère est probablement le plus répandu de notre faune, et il peut être rencontré partout dans les eaux stagnantes eutrophes, et en moins grande abondance dans les eaux courantes ou acides. 

Mâle et femelle ont globalement un aspect semblable, avec un corps uniformément noir sur le dessus, à l'exception du 9e segment. Chez les mâles matures et certaines femelles, le dessus de ce segment est presque complètement bleu vif, et c'est souvent ce "spot" bleu qui attirera le regard de l'observateur quand il balaie la végétation. 

Les mâles sont tous semblables, au contraire des femelles chez qui on distingue 3 types de coloration  immature : 

- type A : le thorax  et les deux premiers segments abdominaux sont bleu-violet chez les immatures, et ils évoluent vers une coloration bleue "normale"
- type B : identique au type A au stade immature, elles évoluent vers une coloration vert ou brun terne à maturité
- type C : le thorax des immatures est rose, et elles évoluent vers la coloration du type B à maturité. 

Cette espèce est très fréquente et abondante dans les eaux eutrophes, dans toute la France continentale. En Corse, elle est remplacée par I. genei. Vers le sud, elle déborde au-delà des Pyrénées en Espagne sur la cote méditerranéenne, et localement dans le nord du pays. Dans le reste de la péninsule ibérique, elle est remplacée par I. graellsii, espèce qui a également été citée en France au Pays Basque, et récemment dans les Pyrénées Orientales. La distinction des deux espèces passe par une observation rapprochée de la forme du pronotum (dessus du prothorax, derrière la tête).