Orthetrum albistylum

Orthetrum albistylum (Selys, 1848) : l'orthetrum à stylets blancs

C'est certainement l'espèce du genre la plus facile à identifier parmi les 4 de notre faune. Les appendices anaux blancs à l'extrémité de l'abdomen sont caractéristiques. Toutefois, sur des individus âgés et usés, il n'est pas forcément facile de distinguer ce critère, et encore plus sur des néonates. L'observateur aguerri pourra observer que le mâle mature a des couleurs contrastées avec une délimitation franche entre le bleu et le noir de l'abdomen, qui est aplati dorso-ventralement en son milieu puis latéralement vers l'extrémité, et les cotés du thorax avec deux bandes claires sur fond brun sombre. La femelle et les immatures ont une couleur de fond brun clair, et le dessus des segments abdominaux porte deux dessins noirs caractéristiques en arc de cercle opposés (ils sont presque droits chez O. cancellatum). Ces marques en arc restent visibles chez les jeunes mâles sous le bleu de l'abdomen. Les pterostigmas sont noirs. Par comparaison, O. cancellatum a un abdomen plus cylindrique, le noir à l'extrémité du mâle "mange" le bleu sur les cotés et la femelle est plus jaune. 

C'est une espèce d'eaux stagnantes, présente au sud d'une ligne Nantes-Strasbourg à l'exception des massifs alpin et Jurassien et de la Provence, plus rare en région méditerranéenne, avec une répartiton morcelée dans son aire et plutôt en extension vers le nord. Je n'en ai vu qu'un seul exemplaire en Meuse, à l'extrême sud du département, mais je l'ai rencontrée plusieurs fois en Dordogne. 

Orthetrum coerulescens

Orthetrum coerulescens (Fabricius, 1798) : l'orthetrum bleuissant

Monsieur Fabricius n'a guère été inspiré en attribuant son nom à cette espèce... En effet si le mâle bleuit bien à maturité, c'est le cas également pour les autres espèces du genre présentes dans notre faune. Ce n'est donc pas un critère suffisant. On observera cependant que cette pruine bleue s'étend jusqu'à l'extrémité de l'abdomen, ce qui le différencie de O. albistylum et O. cancellatum, mais pas de O. brunneum qui lui ressemble beaucoup. Par rapport à ce dernier, le thorax est généralement brunâtre, sans pruine (ce n'est pas le cas dans le sud), la face est brune et pas bleue, et les pterostigmas sont brun et pas noir. Au niveau alaire, il existe une différence dans le nombre de cellules, je joins un comparatif en image plus explicite qu'un long discours ! 



On peut aussi remarquer chez O. coerulescens deux bandes claires à l'avant du thorax.

La femelle est de couleur brun clair, plus élancée que celle de O. brunneum. Chaque segment de l'abdomen comporte une paire de points proches du trait noir qui souligne l'axe. 

O. coerulescens fréquente les marais, les zones de suintements (parfois de taille très réduite), petits plans d'eau. Son aire de répartition est vaste, mais elle y est localisée du fait de ses exigences écologiques. 


Orthetrum brunneum

Orthetrum brunneum (Fonscolombe, 1837) : l'orthetrum brun

Je ne sais pas si M. de Fonscolombe était daltonien, mais en tout cas il faut bien chercher pour trouver du brun sur un mâle mature d'Orthetrum brunneum. Du bout du nez au bout de l'abdomen, il se couvre d'une jolie pruine bleue, et il n'y a guère que les pterostigmas qui restent sombres. Ils peuvent d'ailleur aider à le différencier de son proche parent O. coerulescens

Je remets ici le comparatif des ailes des deux espèces pour illustrer la différence au niveau de la nervation, qui est aussi valable pour les femelles qui sont autrement très semblables. Ca reste le critère le plus opérationnel, avec la couleur des pterostigmas sur les individus à maturité.



Madame brunneum m'a semblé plus robuste (mais je n'en ai vu qu'une seule), les points qu'elle porte sur le dessus de chaque segment abdominal sont plus souvent fusionnés en un trait transversal - mais ça n'est pas un critère fiable. 

O. brunneum est plus ubiquiste que O. coerulescens, et pourtant je ne l'ai rencontré que rarement, et à chaque fois avec coerulescens


Orthetrum cancellatum

Orthetrum cancellatum (Linnaeus, 1758): l'orthetrum réticulé 

C'est l'espèce du genre la plus largement répandue et abondante, elle est présente sur une grande variété de biotopes d'eaux calmes ou stagnantes, y compris des étangs piscicoles a priori peu favorables aux odonates. 

On reconnaît le mâle à son abdomen en fuseau, à maturité de couleur bleue avec les derniers segments noirs, les appendices noirs ainsi que les pterostigmas. Le noir de l'abdomen est moins profond et moins bien délimité que chez O. albistylum. On rencontre fréquemment Libellula fulva dans les mêmes biotopes dont le mâle est également bleu à extrémité noire, et la confusion est aisée. L. fulva se distingue par la tache noire à la base des ailes postérieures et ses yeux gris-bleu, tandis que O. cancellatum à des yeux verts sombre.
La femelle et le mâle immature sont jaune avec le dessus de l'abdomen portant deux bandes noires longitudinales, plus rectilignes que chez O. albistylum. Tandis que le mâle se couvre d'une pruinosité bleue avec l'âge (qui laisse lontemps apparaître de petites taches jaunes sur le coté des segments abdominaux), la femelle âgée prend une couleur brun-olive. 

O. cancellatum peut être rencontré partout en Europe à l'exception des hautes montagnes, du nord du Royaume-Uni et de la Scandinavie au nord de Stockholm.
Au niveau du comportement, le mâle alterne des périodes de vol rapide à ras de la surface de l'eau, avec des repos pendant lesquels il se pose le plus souvent au sol sur une zone dénudée. Les émergences sont synchronisées et se poursuivent relativement tard dans la matinée, ce qui permet de les observer facilement.


Libellula depressa

Libellula depressa (Linnaeus, 1758) : la libellule déprimée

Inutile de sortir les cachets, cette libellule est déprimée, mais pas dépressive ! En effet, elle doit son nom à son abdomen aplati chez les deux sexes, et pas à un quelconque comportement suicidaire. 
A l'émergence, mâle et femelle sont très semblables, il faut regarder attentivement l'écartement des appendices anaux pour les différencier. L'abdomen largement ovale a une couleur vert-brun, rehaussé de taches marginales jaunes. 

La femelle va conserver cette coloration, qui va s'assombrir avec l'âge. J'ai photographié une fois un très vieil individu qui était devenu pratiquement noir. 

L'abdomen du mâle à maturité se couvre d'une pruine bleue, sans noir à la base où à l'extrémité. Par rapport à d'autres genres ayant aussi un abdomen totalement ou partiellement bleue (Orthetrum, Leucorrhinia), on remarquera les taches noires développées à la base des ailes de L. depressa , en particulier aux postérieures. 

L. depressa est une espèce très largement répandue, présente partout en France. Elle affectionne les eaux calmes et stagnantes, de préférence de petite taille, avec une forte capacité de dispersion et un caractère pionnier. On peut ainsi la croiser loin de tout point d'eau. C'est une espèce qui se perche en hauteur pour surveiller son territoire, décollant pour capturer une proie ou chasser un intrus, avant de revenir se poser au même endroit.